23 mars au 28 mai 2026
Dans la salle d’exposition des Impatients
5800, rue Saint-Denis (local 702), Montréal

9 au 12 avril 2026
Au Grand Quai du Port de Montréal
Dans le cadre de la Foire Plural
200, rue de la Commune O., Montréal

Nids communs

Projet commun X Les Impatients X Plural

Dans L’art impossible, Geoffroy de Lagasnerie explore l’idée d’une « éthique des œuvres » en posant un regard sur la relation que les artistes et les expositions entretiennent avec la réalité politique et sociale qui les entoure. Mettant en lumière les systèmes de pouvoir qui organisent notre monde, il suggère que notre simple existence au sein de ces structures implique notre participation active à leur construction et à leur transformation. Il pose alors une question essentielle : « Un art qui se situe au-delà de la honte est-il possible ? »

En s’interrogeant sur la finalité de l’art et sur son caractère (non) utilitaire face aux inégalités érigées à travers les époques, Lagasnerie propose une piste : « Si l’on ne veut pas avoir honte de la culture devant le monde, il faut que la culture parte du monde et de son action à l’intérieur de celui-ci pour donner un sens à son existence. »

Dès lors, un vaste champ de réflexion s’ouvre sur la pratique artistique et curatoriale, notamment sur son potentiel à se déployer comme dispositif performatif, agissant comme levier pour une vie collective plus juste. Comment pouvons-nous créer, exposer et diffuser des œuvres ayant un véritable impact sur la société, et sur quelles valeurs ces œuvres doivent-elles reposer ? La pratique artistique et curatoriale peut-elle devenir un cadre où l’idée de collectivité ne se pense pas seulement, mais se négocie en temps réel et se construit dans une perspective durable ?

C’est dans cet esprit que l’exposition Nids communs a été réfléchie. Issue d’un partenariat entre les organismes Projet commun et Les Impatients, elle se présente comme un atelier de création ouvert et en constante métamorphose. En collaboration avec l’artiste-céramiste Orise Jacques-Durocher, les impatientes et impatients proposent la création collective d’une œuvre monumentale, faite d’une multitude de gestes agrégés les uns aux autres, tandis que la matière conserve la trace des rencontres.

Se développant en dehors des circuits artistiques traditionnels, cette exposition performative prend la forme d’une situation sociale. Brouillant les frontières de l’art contemporain, de l’art brut et de l’art relationnel, elle place au cœur de sa proposition la démarche interactive et l’expérience partagée, tout en favorisant une émancipation individuelle par l’autonomie du geste qui façonne l’argile.

Artiste en résidence
Orise Jacques-Durocher 

Artistes collaboratrices et collaborateurs
Les impatientes et impatients 

Curatrice de l’exposition
Sarah Turcotte 

Avec gratitude pour la participation de
Enzo Rouxel, Charlotte Guirestante Ghomeshi, Marie-Pier Aubry-Boyer, Manon Desserres, Valérie Duval, Miori Lacerte, Frédéric Palardy et les artistes responsables des ateliers

LES IMPATIENTS

L’organisme Les Impatients a été fondé en 1992 par Lorraine Palardy avec pour mission de venir en aide aux personnes vivant avec des enjeux de santé mentale par le biais de l’expression artistique. Son équipe offre chaque semaine, partout à travers le Québec, une centaine d’ateliers de création en arts visuels, en musique et en théâtre à près de 1000 personnes.

Présentée depuis 1999, l’exposition-bénéfice Parle-moi d’amour est l’un des événements majeurs de collecte de fonds des Impatients. Elle rassemble des œuvres d’artistes professionnelles et professionnels et de participantes et participants aux ateliers de création ainsi que des dons issus de collections privées, mis aux enchères dans un encan silencieux. Les fonds recueillis permettent à l’organisme de poursuivre sa mission. Cette exposition-bénéfice offre également l’occasion aux impatientes et impatients de partager leur art avec la communauté et, par le fait même, de sensibiliser la population à la santé mentale et à son impact dans nos vies.

En plus de détenir l’une des plus grandes collections d’art hors-norme en Amérique du Nord (15 000 œuvres), Les Impatients sont une référence dans le milieu de la santé. L’organisme est associé à 19 hôpitaux et est appuyé par l’Association des médecins psychiatres du Québec, qui soutient sa mission et reconnaît l’importance de son action.

ORISE JACQUES-DUROCHER

Orise Jacques-Durocher est une artiste visuelle qui vit et travaille à Montréal où elle a complété des études en arts visuels à l’Université Concordia (2020). Ses recherches et expérimentations matérielles et théoriques ont pu se développer notamment dans le cadre de résidences dans des centres tels que le Guldagergaard International Ceramic Research Center à Skælskør au Danemark (2019) et Est-Nord-Est à Saint-Jean-Port-Joli (2026).

Son travail a été présenté dans des expositions collectives et individuelles au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Europe (Angleterre, Danemark), ainsi que dans le contexte d’événements tels que la Foire Plural avec Projet commun (2024, 2025, 2026) et le Printemps du MAC de la Fondation du Musée d’art contemporain de Montréal (2024).

Elle enseigne aussi le façonnage en céramique dans des milieux communautaires et est technicienne d’atelier, occupations qu’elle considère étroitement liées à ses motivations artistiques.

Démarche artistique

Ma pratique expérimentale de la céramique s’inscrit dans le champ de la sculpture et de l’installation. Elle s’articule autour d’une volonté de faire place aux objets et à leur fabrication pour examiner les réalités matérielles. Dans mes recherches, je me soucie particulièrement des contextes dans lesquels on crée, me concentrant précisément sur des questions liées au travail et aux conditions matérielles d’existence. De là, mes sculptures sont autant façonnées par leurs réalités contextuelles que par mes mains ; elles s’imprègnent tant de détails modestes, poétiques et politiques que d’embarras pratiques.

J’élabore une approche personnelle en jumelant librement des principes de la fiction, de l’utopie et de la sculpture abstraite, composant entre sérieux et candide pour aborder des réflexions fondamentales, critiques et romantiques avec rigueur et subtil sourire en coin. Souvent travaillés en séries, mes projets sculpturaux se nourrissent de références variées : littéraires, philosophiques, sociologiques, mais aussi liées aux objets et aux histoires du quotidien. Les formes parfois abstraites ou semi-figuratives reproduisent des détournements d’utilité ou d’échelle et matérialisent mes recherches en opérant comme des clins d’œil métaphoriques (une maison d’oiseau exposée dans un cube blanc, un sac à main fermé, un panier abstrait, un bijou immense).

Dans l’atelier comme dans la vie, mon travail se développe avec un attachement persistant à des processus intentionnellement lents, laborieux et engageants. Mes choix de méthodes, des plus triviales aux extravagantes (façonner de fins colombins d’argile pendant des heures, concasser une sculpture avec un marteau, passer la moppe) me mènent à entretenir une relation étroite avec la matière et les sujets qui s’y attachent, faisant de mon travail la trace visible de ce dialogue intime. J’emploie des procédés matériels expérimentaux, que j’élabore d’abord à partir de réflexions sur l’intimidante pérennité et la vigueur de la matière céramique, mais aussi dans une démarche de nécessité – de faire avec – et de curiosité. Par exemple, je conçois un procédé consistant à concasser finement mes propres œuvres achevées pour en faire de nouvelles. Les mélanges de concassé se mêlent à l’argile, aux engobes ou aux couches de glaçures que j’élabore et applique à la surface des œuvres, créant une texture intrigante, qui brouille notre perception et notre compréhension de la matière. La matérialité étrange, puis le labeur perçu dans la texture et les formes engagent des réflexions sur la préciosité, le travail et la productivité dans un contexte soumis à la vitesse et à la précarité.

En raison de sa nature, ma démarche anime un motif avisé de partage de connaissances et d’expériences qui se développe notamment à travers la collaboration et des expériences liées à l’enseignement communautaire. Ces mouvements partagés sont unis à mes motivations artistiques. Ils cultivent le commun, suscitent l’engagement, l’invention, et espèrent avoir une faculté désaliénante, en plus de célébrer les possibilités expérimentales exceptionnelles de mon médium, la céramique. J’explore activement de nouvelles avenues de recherche qui visitent l’inclusion du communautaire au sein même de ma pratique.